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JARDIN BOTANIQUE DU VAL D’YSER
   
 

Nouvelles du jardin

 

2009 : Evolution du jardin depuis sa création

Les observations effectuées au jardin depuis les débuts des aménagements et des plantations ont permis de recenser chaque année de nouvelles espèces. La diversité végétale, encouragée par le type de gestion mis en œuvre ainsi que par l'introduction de nouvelles plantes, a permis à la faune de s'installer et se diversifier également. Mais l'évolution n'est pas régulière, notamment chez les animaux.

Evolution de la végétation.

Si on considère qu'en matière de jardin, nous sommes partis de rien, le sol recelait néanmoins un stock de semences, et les végétaux et animaux présents dans l'environnement immédiat pouvaient potentiellement coloniser la parcelle rapidement.

Lors de l'année précédant le démarrage du jardin, le terrain était occupé par un champ de blé. Après la moisson, le champ a été déchaumé, c'est-à-dire travaillé à l'aide d'un outil à dents brisant superficiellement la surface du sol. Puis il est resté en l'état durant l'hiver.

La première année, ce sont surtout des repousses de céréales qui sont apparues. Elles étaient accompagnées d'un cortège de plantes annuelles messicoles ou parfois liées aux cultures sarclées. C'est une première étape d'un processus de colonisation du terrain par les végétaux. Mêlées à cet ensemble majoritaire, quelques ébauches de vivaces pionnières (épilobes, chardons, graminées…) et des semis d'arbres discrets.

La deuxième année, une partie du terrain a été labourée et ensemencée de ray-grass. Sur cette partie, ce sont encore des annuelles qui sont apparues avec le ray-grass. Les vivaces ont déjà largement colonisé la surface non labourée et les annuelles sont devenues rares, tout en ayant refait un stock de graines prêtes à ressurgir au moindre mouvement de sol. Des jeunes saules dépassent et les ronces deviennent apparentes.

Au fil des années suivantes, l'ensemble de la parcelle a été envahi par les graminées vivaces. Les plus importantes en surface couverte sont les chiendents (Agropyrum repens) et surtout la houque laineuse (Holcus lanatus) qui est présente presque partout. Cette espèce a fait régresser le ray-grass et occupe toutes les zones sans intervention mécanique (binage ou bêchage). Les stations de chardons et d'épilobes sont importantes également. Le fauchage et l'arrachage a permis de limiter l'installation des saules, le fauchage et le désherbage chimique contrôlent l'expansion des ronces.

Sans intervention ni entretien depuis l'acquisition du terrain, la parcelle serait occupée aujourd'hui par une jeune forêt essentiellement composée de saules (de 4 à 5 m de haut) et tapissée globalement de ronces, comme le démontrent les zones témoins. Dans les secteurs les plus éclairés se maintiendraient des épilobes et des orties dioïques. L'ombrage ferait reculer peu à peu les graminées et chardons.

La forêt est le stade abouti de la végétation dans cette région (comme dans la plupart des régions tempérées, hors littoral et haute montagne). Les essences s'installent en fonction du climat et des caractéristiques physico-chimiques du sol. En revanche, l'étape de colonisation par les saules n'est peut-être que transitoire. Ceux-ci sont des espèces pionnières amenées par le vent, à croissance rapide et à durée de vie limitée, préparant la place à des espèces plus lentes à s'installer mais à durée de vie plus importante et amenées par le vent (frêne…) ou les oiseaux (aubépine, chêne pédonculé…).

Cette évolution naturelle et prévisible dans son processus est régulièrement contrariée par les jardiniers qui fauchent, binent, bêchent… et installent des végétaux étrangers à ce programme. C'est un jardin naturel contrarié !

Evolution de la faune.

En ce qui concerne la faune, deux constats ont été établis. Le premier relève l'apparition d'espèces variées et de plus en plus nombreuses. Dès les premières années, des arthropodes très intéressants ont été observés : criquets, araignées et surtout papillons (Sphinx…). Après remise en état de la mare, en 2004, de nombreux animaux aquatiques sont apparus. 2008 marque une stagnation pour les espèces terrestres et sans doute une régression pour les espèces aquatiques, car la végétation de la mare a été ravagée.

Le second constat a trait aux « grandes invasions ». Car l'apparition des espèces n'est pas régulière et nous ne parvenons pas toujours à expliquer les flux d'individus au sein de ces espèces. Il y a sans doute à rechercher la notion d'équilibre.

Ainsi, dès 2000 et 2001, les hivers doux et humides ont sans doute privilégié les invasions de limaces et de tipules qui ont causé quelques dégâts dans les plantes vivaces fraichement installées. En 2004 et 2005, les épeires fasciées (Argiope brunichii) étaient surabondantes et ont sans doute légèrement limité les tipules au stade volant ainsi que les criquets. Argiope et criquets ne causent pas de préjudices au jardin, au contraire. En 2006, deux nichées de faisans ont vu le jour au jardin. La vingtaine de faisandeaux ont marqué leur passage. On leur attribue, au moins en partie, la quasi disparition des Argiope et sans doute l'élimination d'une grande partie des limaces et tipules. Il semble qu'un équilibre soit atteint pour ces deux dernières catégories d'invertébrés, car elles n'ont plus d'effet visible sur la végétation.

Les rongeurs ont aussi été particulièrement nombreux. Certains hivers, les zones engazonnées ressemblaient à du gruyère et quelques arbustes ont été détruits par des campagnols. Actuellement, leur présence est plus discrète. Les chats de voisinage effectuent sans doute des prélèvements ponctuels et on note également la présence de rapaces. D'autres prédateurs interviennent probablement mais n'ont pas été décelés avec certitude (mustélidés).

En 2006 et 2007, des crapauds, d'ordinaire nocturnes et très discrets, venaient se noyer en plein jour. Après observation de ces animaux au comportement suicidaire, il s'avérait qu'ils étaient parasités par une mouche (Lucilia bufonivora) dont les larves leur dévoraient la tête.

En septembre 2007, les aulnes glutineux ont subi une attaque impressionnante de tenthrèdes, petites guêpes dont les «chenilles» mangent les feuilles. Les larves étaient si nombreuses qu'on pouvait les entendre ronger le feuillage. Les arbres ont été défoliés en quelques semaines. Ils ont repoussé normalement au printemps suivant. Le phénomène ne s'est pas reproduit en 2008.

En 2008, ce sont les rats musqués qui ont causé de gros dégâts dans la mare. La destruction d'une grande partie de la végétation (massettes, rubaniers, nymphéas…) aura sans doute des conséquences sur la microfaune aquatique, mais on ne pourra l'évaluer que l'année prochaine. Nous avons dû recourir au piégeage pour limiter ces rongeurs. A ce jour, 6 rats musqués ont été pris, mais les nuisances ont continué. En 2008 aussi, il faut noter la naissance de plusieurs lièvres. Deux adultes avaient été observés durant l'hiver et le printemps. Les déprédations ne sont pas importantes. Nous avons constaté la mort d'au moins 3 jeunes durant la saison (maladie ?).

Voilà quelques exemples parmi les plus marquants de l'évolution de la faune et de la flore du jardin. On peut supposer qu'à l'inverse certaines espèces apparaissent et disparaissent avec une grande discrétion. Sans compter les modifications qui se produisent chez les organismes microscopiques ou, tout au moins, indécelables à l'œil humain.

D'autres observations se feront dans les années à venir. Peut-être que le temps et d'autres analyses permettront de comprendre et d'expliquer ces phénomènes naturels.


2010 : Année de la Biodiversité

Face aux grands bouleversements que traverse notre planète, l'ONU a décidé de faire de l'année 2010 celle dédiée à la biodiversité, ça a également été le thème repris lors de la Porte Ouverte.  

De quoi s'agit-il ?

On pourrait résumer ce concept complexe de la façon suivante : la biodiversité est l'ensemble des organismes qui vivent sur un territoire donné, et par extension, sur la planète, celle-ci étant un territoire défini dans l'espace.

Les biologistes distinguent plusieurs niveaux de biodiversité :

  • la diversité des écosystèmes,
  • la diversité des espèces,
  • la diversité des gènes.

L'espèce est généralement considérée comme l'unité de base. Une espèce, c'est un ensemble d'individus ayant des caractéristiques morphologiques, anatomiques et génétiques communes et se reproduisant spontanément entre eux pour donner naissance à d'autres individus semblables. Une espèce peut être représentée par plusieurs sous-espèces, races ou variétés, différenciées par l'aspect ou l'isolement géographique.

On ignore combien il existe d'espèces sur la terre. Les estimations actuelles proposent le chiffre d'environ 2 millions pour celles qui sont identifiées et répertoriées (animaux, végétaux, champignons et micro-organismes divers), dont plus des trois quarts sont des arthropodes (insectes, arachnides, crustacés…). Il en reste probablement encore bien plus à découvrir, notamment dans les forêts équatoriales et les océans… à moins qu'elles ne disparaissent avant !

Les écosystèmes sont des milieux naturels ou artificiels dans lesquels cohabitent différentes espèces qui dépendent souvent les unes des autres. Ils sont dépendants du climat et du sol, eux-mêmes conditionnant la végétation qui est à la base de la chaine alimentaire. On a souvent tendance à juger la richesse d'un écosystème par le nombre d'espèces qui y vivent.

Chaque individu issu de la reproduction sexuée de deux parents possède un code génétique qui lui est propre. La diversité génétique est d'autant plus importante que les individus sont nombreux et répandus sur un vaste territoire. Elle permet l'adaptation à des conditions particulières et limite les risques de consanguinité. Le brassage génétique est nécessaire pour assurer la survie d'une espèce et impose que les populations aient la possibilité de prospérer sur des étendues suffisamment importantes ou de se déplacer (de forêts en forêts, de mares en mares…). La diversité génétique, c'est aussi le résultat de siècles de sélection par l'homme de variétés végétales ou de races animales adaptées à des conditions de cultures ou d'élevages particulières. L'humanité possède aujourd'hui un héritage considérable de milliers de variétés et races régionales.

Et au jardin ?

Comme tous les jardins, le nôtre est un milieu artificiel où « notre intervention » oblige à se côtoyer des plantes d'origine très diverses qui ne se seraient jamais rencontrées sans nous ! Ici, la collection d'un grand nombre d'espèces et de variétés de plantes est un choix volontaire. En revanche, on a tendance à vouloir limiter celles qui ne nous conviennent pas.

Dans le cas du jardin de Bambecque, nous avons choisi d'adopter un mode de gestion plutôt doux, laissant une large place aux plantes spontanées, d'autant qu'avec elles s'installe tout un cortège d'animaux variés. Plusieurs milieux y sont présents : mare, sous-bois, haie bocagère, prairie… Aucun animal n'a été introduit volontairement au jardin hormis les abeilles et peut-être quelques escargots.

L'introduction de plantes et d'animaux étrangers dans les jardins présente des risques qu'il ne faut pas occulter. Certaines espèces peuvent s'y trouver très à l'aise et s'évader dans la nature, envahissant des milieux aux dépens des espèces indigènes. Pour n'en citer que quelques exemples, nous pouvons mentionner la jussie qui envahit les plans d'eau ou la renouée du Japon pour les plantes, la tortue de Floride et la coccinelle asiatique, chez les animaux.

La diversité végétale est sans doute intéressante pour le jardinier, surtout s'il est d'un tempérament collectionneur. Elle s'accompagne avantageusement d'une diversité animale et microbiologique. Mais si l'on dispose d'un peu de place, il est possible de jardiner tout en laissant un faible impact sur la biodiversité naturelle et même en en tirant parti.


Arbres et maladies

Nous avons déjà évoqué, dans des articles parus dans des bulletins précédents, les arbres du jardin. Nous vous proposons donc une suite ayant rapport avec leurs caractéristiques ou leur environnement. Nous traiterons ici des maladies auxquelles ils sont exposés. Le sujet pourrait faire l'objet d'un ouvrage en plusieurs volumes, mais nous ne l'aborderons que succinctement, en prenant uniquement quelques exemples qui nous concernent plus particulièrement.

Les arbres, dans un jardin comme dans le milieu naturel, tout autant que n'importe quel être vivant, sont sujets à la concurrence et aux attaques d'autres organismes. Dans quelques cas extrêmes, ces attaques peuvent conduire à la mort.

Différentes catégories d'organismes, parfois appelés agents pathogènes, peuvent être responsables des maladies. Ce sont généralement des êtres microscopiques (virus, bactéries, champignons…), parfois des animaux parasites (acariens, insectes…). Ne sont pas considérés comme maladies les dégâts occasionnés aux plantes par des animaux herbivores : simples morsures, voire défoliation causées par des limaces, chenilles, rongeurs, lapins, ongulés…

Maladies spécifiques, génériques ou généralistes.

On peut distinguer les maladies spécifiques, génériques ou plus généralistes selon qu'y sont sujettes une seule espèce d'arbre, plusieurs espèces appartenant à un même genre, ou au contraire de nombreuses espèces différentes, sans lien de parenté. Ainsi, par exemple, certains pourridiés (affections provoquées par des champignons qui entrainent la mort des arbres par destruction des racines) sont souvent des maladies généralistes et opportunistes, pouvant s'attaquer à de nombreuses espèces d'arbres et arbustes différentes, alors que la Graphiose de l'orme n'atteint que les ormes.

Parfois, un terme général utilisé dans la langue courante correspond à un ensemble de symptômes (mildiou, oïdium, anthracnose…), mais qui n'est pas forcément dû à une maladie généraliste. De cette façon, l'oïdium du rosier (Sphaerotheca pannosa) n'est pas causé par le même champignon que l'oïdium du chêne (Microsphaera alphitoides = Erysiphe alphitoides), ni même que celui de la vigne (Uncinula necator). L'anthracnose du platane (Apiognomonia veneta) n'est pas due au même agent que l'anthracnose du saule pleureur (Marssonina salicicola).

Quelques maladies des arbres du Jardin.

Des maladies graves sont apparues ces dernières années, introduites parfois par les déplacements des humains et des marchandises, et ont contaminé les arbres de la région. Ceux du jardin peuvent y être exposés.

  • La Graphiose de l'orme (Graphium ulmi= Ophiostoma ulmi) est causée par un champignon microscopique qui se développe dans les vaisseaux, empêchant la circulation normale de la sève et entrainant le dessèchement de branches puis de l'arbre. Les populations d'ormes ont été réduites de façon très importante depuis les années 1970. Au jardin, quelques sujets d'ormes champêtres ont été installés dans la haie périphérique et sont morts depuis. Cette espèce ne survit que grâce à son aptitude à drageonner, c'est-à-dire émettre des rejets à partir des racines. Il reste donc quelques jeunes plants aux environs de la haie sud.
  • L'Anthracnose du platane (Apiognomonia veneta) sévit sur le feuillage et les rameaux du platane. Elle n'est pas mortelle, mais provoque des nécroses sur les feuilles et les rameaux, le dessèchement de bourgeons et jeunes pousses, entrainant un affaiblissement et un ralentissement de la croissance. L'importance des attaques est souvent liée aux conditions météorologiques du printemps. Visible sur les platanes du Jardin.
  • La Chalarose du frêne (Chalara fraxinea) est également due à un champignon microscopique et se caractérise par le dessèchement de rameaux et de branches. Elle n'a fait son apparition en France que très récemment, et n'est connue dans le Nord que depuis 2009. On ne sait pas encore si elle est mortelle pour nos populations de frênes et si elle peut atteindre des espèces proches. Pour l'instant, on constate, sur le frêne commun et ses variétés, de nombreuses branches flétries, qu'il est possible de « nettoyer » quand les arbres sont encore jeunes. De nouvelles pousses vigoureuses apparaissent au printemps suivant.
  • La Verticillose (notamment Verticillium dahliae) est une maladie généraliste qui se remarque par le flétrissement d'une partie des branches dans les arbres dont le catalpa, l'érable plane ou d'autres. Elle s'attaque aussi à des arbustes ou des plantes herbacées. Le champignon en cause pénètre par les racines et s'installe dans les vaisseaux des rameaux et des branches. Les arbres atteints ne meurent pas forcément, et les dégâts peuvent être très irréguliers d'une année à l'autre.
  • Les mildious du collet sont provoqués par des champignons microscopiques du genre Phytophthora qui comprend de nombreuses espèces détestées des jardiniers. D'ailleurs, le mildiou de la pomme de terre et de la tomate appartient au même genre (P. infestans). En ce qui concerne les arbres et arbustes, plusieurs espèces sévissent : Phytophthora cinnamomi, P. ramorum, P. cactorum, P. alni… Mais, heureusement, leur présence n'est pas encore démontrée précisément dans notre jardin. D'autre part, de nombreuses autres espèces de champignons autorisent la confusion et il faut être spécialiste et parfois disposer d'un laboratoire pour pouvoir les déterminer avec précision.
  • Le Feu bactérien des Rosacées (Erwinia amylovora) se déclare par l'attaque d'une bactérie aux niveaux des rameaux et des inflorescences, en pénétrant par des plaies ou des orifices naturels. Les feuilles et jeunes pousses se dessèchent et se recroquevillent, comme si elles avaient été léchées par des flammes, d'où le nom de la maladie. Les symptômes peuvent s'étendre à l'ensemble des branches et occasionner la mort de l'arbre ou de l'arbuste. Mais si on intervient à temps, en supprimant les rameaux atteints et en les brulant, il est relativement facile d'arrêter les dégâts. Une surveillance s'impose donc, notamment sur certaines espèces de Cotoneaster. Cette affection concerne les Rosacées à pépins : Pyrus (poiriers), Malus (pommiers), Sorbus (sorbiers et alisiers), Pyrancantha (buisson-ardent), Crataegus (aubépines), Cotoneaster…
  • Le Feu bactérien des saules (Erwinia salicicola) se remarque également par le dépérissement de branches et parfois de l'arbre entier. Il s'agit aussi d'un fléau pour notre bocage, puisque cette maladie s'attaque notamment aux saules blancs cultivés en « têtards ». Si on intervient assez tôt en supprimant les branches atteintes, les arbres peuvent facilement être sauvés.
  • Des virus mortels sont également observés dans la région. Ainsi, une mort rapide peut être constatée sur certains arbres (Marronniers…) et serait attribuée à un virus dénommé Pseudomonas syringae.
  • Les maladies physiologiques correspondent à un désordre fonctionnel. Les symptômes peuvent se manifester par une coloration anormale du feuillage, le manque de vigueur et de croissance, la stérilité, les malformations de certains organes… Elles sont souvent dues à des conditions de culture inadaptées ou à des conditions météorologiques mal supportées (sol carencé, trop lourd, trop calcaire ou trop acide, trop humide ou trop sec…froid, sécheresse, etc.). Les plantes ainsi affaiblies sont plus facilement sujettes aux attaques de parasites.

Voici donc pour les principales maladies observées ou menaçantes, car présentes dans les environs du jardin. D'une manière générale, et dans notre ambition de collectionner un grand nombre d'espèces différentes d'arbres et arbustes, il convient de rester vigilent et d'intervenir rapidement en cas de besoin. Il faut bien reconnaître que soigner des arbres n'est pas chose facile, car s'il est possible de réduire les risques de propagation des affections qui atteignent les rameaux, feuilles et fruits (au moins quand les végétaux sont jeunes et accessibles), il est quasiment impossible d'agir sur celles qui se contaminent par le sol et attaquent les racines ou le collet. Il ne reste alors qu'à arracher et brûler les plantes pour éliminer au maximum les foyers d'infection.

Feu bactérien sur Cotoneaster salicifolia

Feu bactérien sur Cotoneaster salicifolia


Plantes introduites et Plantes invasives

C'est en traversant la France l'été dernier que le sujet de cet article s'imposa comme une évidence. En scrutant la végétation dans le paysage du Massif Central, mon regard fut attiré par les rives d'un cours d'eau qu'un pont enjambait. En dessous de bosquets de robiniers s'étendaient de larges touffes de renouées du Japon, entre lesquelles étaient répandues de longs bouquets de balsamines de l'Himalaya. Ces plantes se complaisaient là, les pieds au frais, comme si elles y étaient installées depuis des millénaires. Or, leur cohabitation, qui semble parfaite aujourd'hui, aurait été tout à fait improbable il y a quelques siècles, car leurs origines, exotiques par rapport à ce lieu, sont également étrangères entre elles.

Vous avez sans doute déjà entendu parler d'espèces invasives. Les exemples cités ci-dessus en font partie. Il s'agit d'espèces, végétales ou animales, introduites volontairement ou non dans une région qui leur est étrangère et qui s'y installent, s'y développent, envahissent certains milieux, parfois au détriment d'espèces indigènes. Pour ce qui est des animaux, il existe quelques cas très répandus : rat musqué, tortue de Floride, grenouille-taureau provenant d'Amérique ou, plus récemment, la coccinelle et le frelon asiatiques, arrivés de Chine. On pourrait parler aussi des rats, chats, lapins ou chèvres que d'anciens navigateurs ont introduits dans de nombreuses iles du globe et qui ont bouleversé les équilibres naturels locaux. C'est également durant cet été que j'ai découvert ce fameux papillon (Paysandisia archon) arrivé clandestinement d'Amérique du Sud et dont les chenilles s'attaquent aux palmiers de notre côte méditerranéenne.

En ce qui concerne les végétaux, les exemples sont très nombreux également. Pour ne parler que de nos régions, à commencer par les arbres, on pourrait citer le robinier faux-acacia (souvent appelé à tort Acacia), qui vient de l'est de l'Amérique du Nord. Il couvre aujourd'hui de grandes surfaces boisées en France, surtout dans les basses montagnes à sols pauvres et rocailleux. Il y a aussi l'Ailante, qui vient d'Extrême Orient et qui affectionne les sols calcaires. Il envahit les terrains vagues, les bords d'autoroutes ou de voies ferrées et se ressème même en ville. Il est, par exemple, très présent en région parisienne. C'est aussi le cas du Paulownia (Chine), dont les petites graines membraneuses très légères s'insinuent souvent dans les interstices des trottoirs ou des vieilles constructions. On rencontre aussi parfois le cerisier tardif, originaire d'Amérique du Nord. Il est notamment fréquent en Belgique et occasionnellement présent sur les terrils de notre région.

Chez les arbustes, on mentionne souvent l'arbre à papillons (Buddleia davidii), qui vient aussi de Chine. Comme pour le Paulownia, cité plus haut, les graines du Buddleia sont très légères et s'installent facilement entre les briques ou les pierres des vieux murs. On pourrait en citer plein d'autres, énumérer aussi une liste de plantes herbacées, mais cette liste serait longue.

Tous les milieux sont concernés, le littoral, les friches, les champs, les plans d'eau et même la mer. Les naturalistes ont en mémoire la colonisation de certains secteurs de la Méditerranée par la Caulerpa taxifolia, surnommée, dans les années 80, algue tueuse. Comme beaucoup d'autres plantes invasives, elle se serait retrouvée dans la nature accidentellement. Originaire du Pacifique, cette algue était utilisée pour agrémenter les aquariums, dont celui de Monaco (Musée océanographique). Des petits morceaux se seraient échappés en rejetant de l'eau dans la mer, maladresse aux conséquences environnementales imprévisibles mais douloureuses. Heureusement, Caulerpa taxifolia serait actuellement en régression, pour une raison encore inexpliquée, mais il semblerait que d'autres espèces de Caulerpa soient apparues. C'est ce qui s'est passé également avec une autre jolie plante aquatique : la jussie. Cultivée elle aussi pour l'ornement des bassins, la jussie (ou jussiée), une belle américaine, produit des jolies fleurs jaunes en été, mais a la propriété de s'étendre rapidement et de se bouturer très facilement. Plusieurs régions de France et d'Europe ont été confrontées à son infestation dans les plans d'eau et les canaux.

Il y a peut-être une morale à tirer de cette histoire. C'est sans doute la vigilance en ce qui concerne l'introduction d'espèces dans un milieu qui leur est étranger. Il est vrai que les jardiniers-collectionneurs ont souvent envie de tester des nouveautés, j'en sais quelque chose ! Dans la majorité des cas, il faut bichonner les plantes étrangères pour réussir à les installer et les conserver. Mais parfois, elles se débrouillent très vite sans aide et ne demandent qu'à sortir du jardin. C'est là qu'il faut faire preuve d'autorité et les empêcher de se disperser. Pour beaucoup d'entre elles, il est déjà bien trop tard !

Balsamine de l'Himalaya Au Jardin Botanique, comme dans la plupart des jardins, de nombreuses plantes cultivées sont étrangères. Généralement, elles proviennent de régions à climat assez proche du nôtre. Quelques unes sont susceptibles de vagabonder et de s'en échapper. C'est le cas de la Balsamine de l'Himalaya (Impatiens glandulifera, photo ci-contre), de la Berce du Caucase ou de certains Aster… Il est assez facile de les contrôler mais nous sommes attentifs à ce qu'elles ne sortent pas du périmètre du jardin. Nous avons renoncé à l'introduction de plantes exotiques difficiles à contenir (Renouée du Japon…), mais quelques espèces se sont invitées elles-mêmes (Galinsoga parviflora et Galinsoga ciliata…). Les espèces indigènes envahissantes (chardons…) ne sont pas considérées comme invasives, puisqu'elles poussent dans leur milieu d'origine.


Evolution du « Village des Insectes »

Le Village des Insectes permet d'offrir des observations et des animations pédagogiques très appréciées. Certains ne se lassent pas de regarder les allées et venues des insectes, notamment dans notre « Entomotel », par les journées ensoleillées du printemps et de l'été. Revenons sur cette installation et son évolution.

« Entomotel 1 » est un hôtel à insectes installé dans notre jardin en hiver 2012. En toute logique, cet « Hôtel à insectes » a été placé dans le village des insectes, en zone hiver, espace particulièrement dédié aux insectes et arthropodes. Il en existe 3 exemplaires dans la région, presque identiques (à quelques détails près). Il se compose de deux parties principales, distinctes par leur destination : l'étage le plus haut, à l'ombre du toit, est censé accueillir les insectes hivernants. Les autres étages, exposés au soleil, abritent différents habitats accessibles aux insectes pour leur reproduction. Ils contiennent des tronçons de végétaux creux (roseaux, pailles, bois…), des briques creuses, du torchis…

Dès les premières semaines après la mise en place des différents habitats, des petites abeilles ont pris possession des tubes. Il s'agissait d'abord d'osmies cornues, puis d'osmies rousses un peu plus tard. Puis d'autres hyménoptères se sont installés, dans les pailles de roseaux, les trous percés dans le bois, un peu dans d’autres tiges creuses. Pour l'instant, les abris minéraux (briques, torchis…) n'ont pas encore reçu de locataires. Les observations relèvent une chronologie (assez logique) dans les arrivées successives d'insectes, notamment des hyménoptères. Au printemps, des abeilles solitaires pollinisatrices (osmies…) viennent pondre dans les logements tubulaires et nourrissent leur progéniture avec une réserve de pollen et de nectar. Durant l'été, on remarque un grand nombre de guêpes solitaires prédatrices, que l'on peut séparer en plusieurs catégories. Certaines pondent dans les pailles et alimentent leurs larves avec des chenilles, d'autres avec des araignées (Pompiles), d'autres encore parasitent les nids des premières, leurs larves s'attaquant aux jeunes abeilles (Chrysis…).

Lors des trois premières années d'observation, ce sont à peu près les mêmes espèces qui ont été mentionnées, et pour la très grande majorité, ce sont des hyménoptères (abeilles et guêpes). Les mouches et autres insectes divers aperçus sur l'Entomotel n'y viennent que pour se poser au soleil. Les abris pour hivernants, tout en haut, sont quasiment inutilisés jusqu'à maintenant, de même que les loges à bourdons situées tout en bas. On ignore pourquoi. Peut-être sont-ils trop chauds ? Ou peut-être y a-t-il suffisamment d'abris naturels dans le parc, plusieurs espèces de bourdons y étant bien présentes et abondantes.

Corrections à prévoir.

La structure principale de l'Entomotel est en bois. Cette année, des fissures sont apparues dans quelques planches, occasionnant des infiltrations d’eau.

D'autre part, la richesse biologique de cette installation attise des convoitises de la part d'autres animaux. Des mulots sont déjà venus « squatter » des boxes dans lesquels était placée de la mousse ou de la paille. Des oiseaux se permettent de tirer les pailles de roseaux pour essayer de déloger des petits insectes ou araignées. Un troglodyte y a été pris en flagrant délit ! Nous allons tenter de corriger tout cela durant l'hiver.

Projets.

Nous avons l'intention de remonter le niveau de sable sur la devanture de l'Entomotel. Ceci permettrait d'ombrager les loges à bourdons de la base, et d'attirer des abeilles ou guêpes solitaires terricoles.

Un nouvel équipement est aussi prévu dans le village des insectes : une « Spirale ». Il s'agit d'une installation stable, faite d'empierrement et de sable, le tout en forme d'escargot horizontal. Nous ne manquerons pas d'en publier des photos lorsque tout sera en place !

Construction de l'Entomotel en février 2012 Osmies rousses dans les pailles de roseaux
Construction de l'Entomotel en février 2012 Osmies rousses dans les pailles de roseaux
Chrysis ignata, une guêpe parasite Un pompile, prédateur d'araignées
Chrysis ignata, une guêpe parasite Un pompile, prédateur d'araignées


Redécouverte et dégustation de plantes sauvages.

Pour redécouvrir quelques bases de la cuisine à partir d'herbes locales, une journée de découverte et dégustation de plantes sauvages a été organisée le 30 août 2015 au Jardin Botanique, à Bambecque.

Parmi toutes les plantes sauvages de notre région, certaines ont été recherchées par les Hommes depuis les temps les plus reculés, pour en tirer des remèdes, des poisons ou plus simplement des aliments. La « modernité » nous a un peu éloignés de ces connaissances ancestrales. Bien peu d'entre nous connaissent les vertus et qualités gastronomiques des herbes qui nous entourent.

La région compte plus de 1000 espèces de plantes sauvages indigènes, parmi lesquelles plus de 200 peuvent être consommées. Nos habitudes alimentaires ont depuis longtemps privilégié des plantes cultivées, issues parfois d'améliorations de types sauvages indigènes, mais le plus souvent d'espèces exotiques (pommes-de-terre, tomates, courges, haricots…). Beaucoup de variétés sélectionnées pour la productivité et la culture à grande échelle ont même perdu de leur goût et de leurs qualités nutritives, au profit de leur volume et de leur apparence.

Pour savoir ce que notre jardin associatif renferme comme valeurs parmi la flore indigène, nous avons convié Jean-Claude Bruneel, botaniste, pour animer cette journée de formation. Nous avons commencé par parcourir quelques allées du jardin, à la recherche des espèces les plus intéressantes. Certaines plantes observées sont à écarter d'emblée : bryone, liseron, renoncules, séneçons… qui, a des degrés divers, sont réputées toxiques.

D'autres n'ont aucun intérêt culinaire, même si elles ont, éventuellement, des vertus médicinales, et n'ont pas retenu notre attention ce jour-là.

En revanche, Jean-Claude Bruneel nous a indiqué les meilleures plantes à retenir pour la cuisine et les échantillons à prélever au passage : pissenlits, oseilles, berces, achillées et autres plantains se sont fait remarquer.

Il faut noter que certaines périodes de l'année sont plus propices à la récolte de plantes ou de parties de plantes, les menus étant variables selon les saisons. Généralement, les feuilles se consomment jeunes (berce, consoude, achillée, ortie…).

Le groupe s'est aussi dirigé vers le potager pour prélever quelques fleurs afin d'agrémenter les plats : fleurs de capucine et de bourrache, etc.

Enfin, nous avons rassemblé tous les éléments de la récolte autour de la cuisine installée sous le chapiteau, afin de préparer le déjeuner. Au menu :

  • Entrée : beignets de consoude ;
  • Plat : omelette au Galinsoga, salade de laitue agrémentée de feuilles de pissenlit, de roquette sauvage (Diplotaxis) et de fleurs de capucine et de bourrache (+ assaisonnement) ;
  • Dessert : salade de fruits : prunes du jardin accompagnées de morceaux de pommes et de fruits de carottes sauvages (à croquer) ;
  • Boissons : eau, bière locale, vin bio, et en guise de digestif, vodka à l'acore et vodka à la fleur d'onagre (avec modération !).

Ce repas simple mais néanmoins savoureux a réjoui les 17 convives réunis autour de la table, dans une ambiance très conviviale, malgré une chaleur pesante (temps orageux). Afin de poursuivre notre formation, l'après-midi s'est achevé par la visite d'un autre site remarquable pour la richesse de sa flore : le « vallon de la Petite Becque », à Herzeele, dont nous aurons peut-être l'occasion de reparler.

Nous essayerons de renouveler ce genre d'opération gastronomique et instructive cette année.

A la recherche du repas

Visite du jardin : recherche du repas du midi


Les hiboux du Jardin.

Depuis plusieurs années déjà, nous avions remarqué la présence de hiboux au Jardin. Appréciant les endroits arborés pour se cacher la journée, ils sont arrivés dès que les arbres étaient suffisamment développés pour les accueillir. Ils ont des mœurs très discrètes et ne se déplacent généralement pour chasser qu'à partir de la tombée de la nuit. Ils sont parfaitement dissimulés dans la végétation pendant le jour. Mais lorsqu'on passe à proximité et qu'ils se sentent dérangés, il arrive qu'ils s'envolent en plein jour, ce qui trahit leur présence avant même que leur cachette n'ait été perçue. Malgré une envergure qui avoisine le mètre, ils ont un vol étonnamment silencieux.

Il s'agit ici de hiboux moyens-ducs (Asio otus). Cet hiver, 3 individus ont élu domicile au Jardin Botanique. Famille ou regroupement hivernal ? On ne sait pas exactement, car on n'a pas pu établir si le jardin a été leur lieu de reproduction. Ces oiseaux se nourrissent essentiellement de petits rongeurs, mais leur menu peut varier selon les régions et éventuellement inclure des reptiles, insectes et petits oiseaux. Précisons qu’il n'y a pas de reptile au Jardin ni aux alentours!

Parmi les espèces de rapaces indigènes, on rencontre au jardin, outre ces rapaces nocturnes, 2 espèces de rapaces diurnes : le faucon crécerelle, qui se nourrit aussi essentiellement de petits rongeurs capturés au sol, et l'épervier qui chasse surtout les oiseaux en plein vol. D'autres espèces ont été aperçues occasionnellement : la chouette chevêche, petit rapace nocturne proche des hiboux, présente dans le bocage environnant, la buse variable et plus rarement le busard Saint-Martin, rapaces diurnes de la famille des aigles.

Le plumage de camouflage des hiboux moyens-ducs les rend difficiles à photographier dans les branchages. La photo ci-dessous a été prise au JB en décembre dernier.

A la recherche du repas

Hibou moyen-duc (Asio otus)